La vente d’immobilier de luxe est généralement un sport de longue haleine mais 15 ans pour vendre un hôtel particulier dans l’un des secteurs les plus recherchés de la capitale, cela reste un délai particulièrement long pour déboucher sur une transaction. À en croire les informations du site spécialisé CF News Immo, c’est pourtant le temps qu’il aura fallu à l’acteur Gérard Depardieu pour se défaire de sa vaste propriété de la rue du Cherche-Midi, dans le 6e arrondissement. Et le tarif ne s’est pas bonifié avec le temps, puisque la transaction se serait conclue à hauteur de 22,6 millions contre 50 millions réclamés initialement. L’acheteur est une société d’investissement immobilier implantée à Londres, Quantum Capital Funds, créée et dirigée depuis 2022 par un Français, Gad Rebot. Du côté de chez Daniel Féau, le groupe immobilier qui avait mis en vente le bien dès 2012 et qui serait toujours chargé de sa commercialisation, on se refuse à tout commentaire sur cette transaction.
Pourquoi la vente a-t-elle été aussi longue à conclure et finit-elle aussi loin des objectifs initiaux ? Il faut bien reconnaître que plusieurs mauvaises fées se sont penchées sur le berceau de cette transaction. Il y a d’abord une mise à prix particulièrement gourmande en 2012, malgré les prestations offertes. Gérard Depardieu avait ainsi énormément investi sur place après avoir acheté au milieu des années 1990 l’hôtel de Chambon, cette bâtisse du début du 19e siècle. Acquise pour près de 25 millions de francs à l’époque, elle a ensuite eu droit à l’équivalent de millions d’euros de travaux dirigés par l’architecte Guillaume Trouvé et le décorateur Jacques Garcia. À la partie purement historique avec ses façades inscrites aux Monuments historiques, se rajoute un second bâtiment, façon loft d’artiste sur trois étages, transformé par l’artiste plasticien Bernard Quentin. Au final, l’ensemble immobilier ne développe pas moins de 1800 m² habitables, 20 pièces dont 10 chambres. Malgré tout, les 50 millions ont du mal à passer.
Changement de voisinage
Et puis, il y a la personnalité de Gérard Depardieu. La mise en vente de son hôtel particulier coïncidait avec sa période d’exil fiscal en Belgique et les choses n’ont fait qu’empirer depuis. Atermoiements sur la mise en vente, déplacements multiples, démêlés avec la justice... Tout cela ne fait pas bon ménage avec les affaires. D’ailleurs, le comédien avait été condamné pour agressions sexuelles à 18 mois de prison avec sursis en mai dernier et est également dans le collimateur du fisc selon Mediapart, pour déterminer sa domiciliation fiscale réelle. Une situation qui ne place pas vraiment le vendeur en position de force quand il s’agit de négocier.
Reste enfin le bien lui-même. Cette mise en vente qui s’éternise n’est jamais idéale pour l’entretien d’un bien immobilier et par ailleurs le voisinage direct de l’hôtel particulier a bien évolué. Le couvent des sœurs de la Visitation et son vaste jardin, à l’abandon pendant des années, est désormais le théâtre d’un vaste projet immobilier piloté par le Diocèse de Paris. Un projet à forte vocation sociale avec crèche, colocations pour polyhandicapés lourds, foyer pour mamans en situation de fragilité ou personnes précaires... Un environnement qui ne sera pas forcément du goût de tous les millionnaires ou qui peut, a minima, susciter quelques négociations de prix. Reste maintenant à s’assurer que la transaction ira bien à son terme, certains spécialistes de ce type de vente émettant quelques doutes sur ce point.